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Tour du pas de calais 2016

Lundi 3 et Mardi 4 octobre 2016

Nicolas Grappin et Thierry Morlet

Après plusieurs années très remplies avec de belles et longues randonnées, l'année 2016 fût calme pour moi. Pendant ce temps, Nico avait fait plusieurs Flèches de France dont Paris-Marseille.

L'automne devenant une saison très agréable pour le vélo, je lançais l'idée du Tour du Pas de Calais pour sortir de la région parisienne et parcourir des routes peu connues à  2h20 de nos domiciles.

Seul Nico répondait à l'appel. Pas grave, à deux, c'est bien aussi.

Sans avoir roulé ensemble depuis cinq mois, nous voilà prêt le matin pour prendre la route à  4h50.

Direction Lièvin  en voiture , dans la banlieue de Lens, haut lieu des vrais supporters de football et vraie fierté de tout une région.

Lievin , malheureusement, c'est aussi un drame qui avait marqué ma jeunesse.

27 décembre 1974, 42 gueules noires descendaient dans la fosse.

Un coup de grisou et la catastrophe. Ces mineurs ont sorti le charbon que chacun était content de trouver pour se chauffer ou faire tourner les usines.

7h20. On prepare nos vélos et on pointe notre carte de contrôle à une station service . Un café, quelques muffins et c'est parti gentiment.

La température est de 6° avec un vent orienté au nord.

C'est l'heure où la circulation s'intensifie pour se rendre au travail ou sur les écoles mais rapidement, cela devient raisonnable.

Notre route monte doucement puisqu'il faut sortir du pays minier qui commençait à Lievin jusqu'au Valenciennois.

Au revoir les derniers corons et nous voici rapidement dans une zone assez peuplée et rurale en même temps.

Pendant 8 km, cela monte doucement jusqu'à l'emetteur TV de Bouvigny. C'est un peu comme celui de la Tour Eiffel régional.

En habitant à 100 km de là, encore enfant, la télévison familiale recevait le signal par cet émetteur. Il fallait alors tourner une molette pour changer le canal 21 ou 23 .

Du haut de ce plateau, on aperçoit quelques terrils , monticules formés par les extractions des mines de charbon.

Le parcours nous oriente vers Calais par des petites routes donc toujours avec la direction du nord ouest.

Un petit vent de côté défavorable nous ralentit mais peu importe, la distance à parcourir n'est que de 180 km sur toute la journée. Rien à voir à la difficulté d'une journée de diagonale où il faut parcourir environ  300 km/jour.

Aujourd'hui, c'est rando avec les yeux ouverts pour regarder les points de vue et la nature.

Dans le village d'Amettes, c'est un troupeau de vaches laitières allant au prè après la traite qui ralentit pour notre plaisir, notre progression.

A Aire sur la Lys, nous faisons notre pause au milieu de la matinée. On allége nos tenues, on grignote un peu de nos sacoches.Le petit dejeuner pris vers 4h15 commence à être loin.

Après une quinzaine de minutes, nous repartons avec le soleil maintenant pour remonter la température aux alentours de 15°.

Plus loin, comme il est de tradition au V.C.VE, nous ne tenons pas compte du panneau  déviation pour travaux car à vélo, cela passe toujours. 

Toujours sauf quand deux machines à refaire l'enrobé bitumeux s'activent à refaire une belle route. Nous marcherons dans l'accôtement puis plus loin, nos roues auront été les premieres sur cette nouvelle voie encore fumante.

Nous traversons la belle fôret domainiale de Tournehem . Là aussi, la route n'est jamais plate comme depuis le début de la journée.

A cet endroit, nous sommes à quelques km du site d'Eperlecques où durant la 2eme guerre mondiale, les Allemands avaient construit un immense blockhauss pour lancer les nouveaux missiles V2 en direction de Londres.

 Un bombardement intensif des Américains  le 25 juillet 1944 eut raison de maniere inextremis de ce monstre de béton et de technologie.

J'ai eu la chance de visiter ce site . C'est à voir vraiment. L'histoire de France aurait pu changer à cet endroit.

 Nous arrivons un peu en retard à Ardres pour le repas du midi.

Il est 13h10. 110,40 km , 21,73 km/h, 5h22  de velo et dejà 1049 m de dénivelé.

Au menu, côtes de porc frites-salade et un dessert ( pour Nico, 1ere glace) et café.

Pas de sieste malgré une petite tentative de Nicolas dormant sur la chaise le temps que je prepare le road book sur la sacoche de guidon.

Direction Guines et Calais en longeant pendant plusieurs kilometres le canal de Calais. Enfin, un peu de plat.

Calais, ville portuaire avec sa liaison en ferry vers L'Angleterre toute proche et aussi le tunnel à quelques kilomètres sous la Manche depuis juin 1994.

Calais fut aussi la capitale de la dentelle et du tulle. Aujourd'hui, c'est surtout un grand port.

Nous effectuons le pointage dans un bar où nous prenons un café et en prenant soin d'admirer le Beffroi de style renaissance Flamande.

 A Calais, notre direction tourne de 90° vers l'ouest alors, c'est vent dans la dos. Aussitôt , les vélos roulent beaucoup plus facilement.

Place à la D 940 assez fréquenté maintenant même début octobre en semaine où il y a encore du tourisme surtout anglais et belge.

Durant une quinzaine de kilometres, la distance entre l'Angleterre et la France est d'environ 30 km. Avec le temps dégagé, nous distinguons sans problème les falaises anglaises.

Les indications sur les points de vue nous informe que le quart de la navigation marchande mondiale passe dans ce détroit avec une moyenne de 500 gros bateaux par jour. Une autoroute de la mer !

Après la belle descente sur Escalles, nous traversons Wissant et à Audinghem, petite route à droite pour le cap Griz Nez, le plus connu des deux caps.

Le pointage n'étant pas possible au cap Griz Nez, il faut se rabattre sur sa commune, Audinghem situé à 3 km.

Direction un bar brasserie bien situé. J'entre le premier avec les cartes de route. Le tenancier ouvre la conversation après les civilités d'usages en me disant : qu'est ce que vous sert ? Ici, il y a tout ce que vous voudrez !. Surpris et joueur aussi, je lui réponds direct : «  Ca m'étonnerait que vous ayez tout. Tiens, du chuchen , vous avez ?. Le patron ouvre un buffet et me sort une bouteille entamée en me disant : celui-là , c'est du bon. Dépassé par ma langue, je ne peux refuser à ma grande surprise et à celle de Nico qui se contentera d'un Ice Tea.

Jamais je n'aurai cru trouver du chuchen typiquement breton au détroit du Pas de Calais.

Bien sûr, il est utile de préciser que le tenancier m'a parlé longuement de la provenance de ce breuvage à base de miel . Vu son allure, on aurait juré que c'était lui qui avait descendu le niveau de la bouteille avant notre arrivée.

Après ce pointage souvenir, il nous restait une dizaine de kilomètres pour gagner Wimereux par Audresselles et Ambleteuse.

A l'entrée de Wimereux, arrêt à la pharmacie pour la pommade bébé que nous n'avions pas apporté. ( faut bien protéger nos entrejambes) et après un appel téléphonique, direction la chambre d'hôte, situé en haut d'un raidar.

Après un accueil sympathique, nous investissons la belle chambre.

Après la douche, redesente en ville à vélo pour trouver un restaurant recommandé par la propriétaire du gite. Une bonne entrée à base de poisson ( nous sommes dans la banlieue de Boulogne, premier port de pêche français), une carbonade avec legumes et un dessert.

On se retapera le mur pour gagner la chambre où à 21h20, extinction des feux, les paupières lourdes de l'air marin et d'une journée venteuse.

Reveil 6h30 et petit dejeuner dans la chambre à notre demande car la propriétaire ne servait qu'avec le pain frais ves 9h00, heure indigne pour un randonneur.

Après avoir mangé de bons produits , départ à 7h40 sous un temps couvert et de la brume mais avec

9°.  

Notre parcours contourne Boulogne . Commence alors le tobbogan du Boulonnais ! Nous n'avons pas l'équivalent en Seine et Marne. Pour le vélo, du bonheur ! Des points de vue, de belles vallées, des côtes, de la nature comme on l'aime .

Pendant environ six kilomètres, nous avons traversé la fôret de Boulogne interdite aux véhicules à moteur.

Un peu de répit dans la vallée de la Liane à Hesdigneul puis la côte signalée sur la carte Michelin que l'organisateur ne précise pas. Le Mt Violette à seulement 177 m, environ1 km avec les 500 premiers mètres à 15% je pense. Avec nos vélos à 16 kgs, développement tout à gauche !!

La côte la plus dure du circuit, sans hésitation .

Nous gagnons la petite ville de Montreuil sur mer, ville médiévalle entourée de rempart. Cette petite sous préfecture a eu cette appelation maritime car , à l'époque où il n'y avait pas de port à proximité, Les marins remontaient la Canche, fleuve côtier qui se jette à la mer au nord du Touquet, avec des bateaux plus petits pour livrer leur pêche sur la ville basse.

Le centre ville est encore en pavés en état correct pour nos roues de vélo.

A Montreuil, 53 km, 20,27 km/h, 688 m de dénivelé à 10h40.

Après un coca pour apporter de l'essence dans nos veines, nous allégeons quelque peu nos tenues.

Nous restons quelques kilometres dans la vallée de la Canche puis de nouveau , sucession de côtes et descentes.

Comme pour la grande partie de la France, la chasse a repris depuis trois semaines. Surprise dans une côte où une quinzaine de faisannes nous attendent sur le bord de la route.

Hier soir, nous espérions une anglaise mais là c'est une groupe de poules qui nous attend sans broncher.

Un adhérent du club nous dira certainement que c'était des faisans d'élevage !

Avant Auxi le château, le col des six chemins nous attend avec seulement 136m . C'est certainement le col le moins haut que nous ayons monté depuis nos escapades mais peut être pas le plus facile en raison du vent défavorable et des changements de rythme incessant.

Nous arriverons en retard pour le dejeuner à 13h25 à Auxi le château, bourg en limite du département de la Somme , traversée par le fleuve côtier l'Authie qui se jette dans la mer au sud de Berck.

Si vous pouvez, un court séjour sur Berk vaut le détour rien que pour voir les phoques de dorer au soleil à chaque marée basse  à l'embouchure de la baie d'Authie.

Pour notre repas tardif, nous nous arrêtons chez un traiteur depot de pain. Il reste une tarte au Maroilles, une part de pizza et un croissant au fromage. Ca fera très bien l'affaire en demi part avec de la salade et un service à la bonne franquette.

Nous étions tellement bien que ce n'est qu'au moment de repartir, que l'on s'est rendu compte qu'il fallait quand payer !!.

A 14h15, nous repartons pour les 70 km  restant vent fort de face.  On comprend pourquoi il y a autant d'éoliennes dans le Pas de Calais !

Du vent mais aussi beaucoup de bovins puisque la région Nord-Pas de Calais (et surtout le Pas de Calais) est la troisième de France en proportion pour la production de lait et la seconde de France pour les produits laitiers transformés.

Ceux qui me connaissent se doutent que j'ai bavé souvent en voyant les tracteurs dans les champs ou sur les routes s'affairant au transport du maïs en cours de récolte.

Notre parcours nous fait passer par Givenchy le Noble où le château du 18eme siècle vaut l détour. A la sortie du village, une longue allée de tilleuls d'environ 2 km  agrémente notre parcours.

Le Pas de Calais, c'est surtout sur le parcours composé par les cyclos Liévinois l'amalgame de la campagne avec une densité de population assez forte mais avec un bel équilibre.

La Pas de Calais figure parmi les départements les plus peuplés de France avec 1,5 M d'habitants.

Des bovins mais pas que. Beaucoup de chevaux également !

Il faut dire qu'historiquement, la race des chevaux Boulonnais avait eu son heure de gloire pour transporter le poisson du port de Boulogne jusqu'à Paris par relais

A Aubigny en Artois, le nouveau correspondant du Tour du Pas de Calais nous attend sur le bord de la route après un rendez vous téléphonique.

 Au premier coup d'oeil, je vois en Jean Pierre Fourcroy un randonneur expérimenté .

Rapidement, les langues se délient et Jean Pierre, tel un historien tient à nous guider au Mont St Eloi et au mémorial de Wimy.

Il a tout garder du pays minier, l'accent ch'ti, l'envie de recevoir, de donner ce qu'il sait.

Ensemble, nous nous rendons donc  au Mt St Eloi , petit village situé sur une grosse butte. On y parvient en montant un bon raidar où il faudra un tout petit développement.

Sur le Mont St Eloi, se trouve les restes d'une abbaye d'une abbaye au 7eme siecle. Il en subsiste deux tours et une porte monumentale. L'abbaye fut gravement endommagée à la révolution.

Le Tour 2015 est passée au Mt St Eloi lors de l' étape vers Amiens. Une tour de vélo a été érigée à cette occasion.

A quelques mètres de là, une plaque souvenir à la mémoire du vainqueur du tour 1909 François Faber , mort au combat en mai 1915 est apposé sur un mur.

La fin de notre parcours honore un lieu de recueillement important dans la région, le mémorial canadien de WIMY.

Ce site mérite des explications dans ce récit d'une randonnée cyclo où la culture cotoie le sport.

Le Pas de Calais fut pendant la 1ere guerre mondiale, une ligne de front entre Français et Allemands  comme dans la Somme, la vallée de l'Aisne et la Marne.

Cette « der des der » qui ne devaient durer qu'un été se figea 4 ans sur des positions quasi stables. Cette guerre des tranchées fut la plus meutriere puisqu'à chaque assaut, correspondaient un massacre.

Pour libérer la France, les alliés et autour de Wimy particulièrement , de jeunes canadiens qui devaient se demander ce qu'ils venaient faire ici, vinrent tenir le front pour vaincre dans le sang.

66 000 jeunes soldats canadiens sont tombés dans la région.

 Un mémorial fut érigé et inauguré en 1936 par le roi d'Angleterre.

Le champ de bataille a été préservé . On y distingue parfaitement les trous des obus.

Les tranchées sont encore visibles et protégées.

En souvenir de chaque soldat mort, un arbre a été planté près du mémorial donnant encore plus de grandeur au site.

L'Etat français a donné ces terrains au Canada qui gèrent ce lieu de souvenir.

En randonnant sur ce site, nous roulons donc sur une proprieté canadienne .

A 18h25, nous arrivons à l'endroit où nous avons laissé le véhicule à Lievin.

Pour l'étape du jour, 173 km et 1820 m de dénivelé à une faible moyenne puisque sur les plateaux, nous peinions pour rouler à 20 km/h sur le plat en raison d'un bon vent d'est avec lequel il est difficile de s'habiller pour ne pas avoir froid ni trop transpirer.

Comme l'organisateur est là, il n'y a même pas à aller à la station service pour pointer nos cartes de route.

On papote, de vélo, du Rc Lens véritable institution du bassin minier et fierté des villes ouvrieres du Nord qui n'est qu'à 12 km et du Pas de Calais.

On se dit au revoir avec une poignée de mains de randonneurs  qui se sont partagés beaucoup en 20 km.

« 

Durant deux jours, nous avons visité cette région des « boyaux rouges » avec plaisir. Certains secteurs sont un peu trop urbanisé de Lievin  à Aire sur la Lys mais rien à voir avec l'Ile de France.

Ensuite, hormis le vent, ce ne fut que du bonheur même si un vent nord le premier jour et est le second nous a considérablement ralenti.

Il y a tellement de choses à visiter sur ce parcours qu'il faudrait le faire en 3 jours.

                                                                                  Thierry Morlet