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Vélo Club Val d'Europe

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Le 600 BRM Arsène Lupin du 29 et 30 aout 2027 en vélo et en tandem

22 septembre 2026 by Claude Enzer

Texte écrit par Christelle

Il y a quelques mois, nous avions décidé de nous lancer dans le BRM 600 Arsène Lupin.

Au départ, nous devions être cinq : Pascal, Dominique, Vincent, David et moi. Mais Pascal a malheureusement eu un accident à vélo et n’a donc pas pu participer.
Nous nous sommes donc retrouvés à quatre : Vincent et David en vélo solo, et Dominique et moi sur le tandem.

Une semaine avant le départ, Vincent nous avait prévenus qu’il avait mal au genou et qu’il n’était pas certain de pouvoir aller jusqu’au bout. Il allait quand même prendre le départ et, si la douleur devenait trop importante, il s’arrêterait.

De notre côté, deux semaines auparavant, Dominique et moi avions tenté un 400 kilomètres en tandem sans réussir à aller au bout. Nous avions donc vraiment envie de relever ce nouveau défi, mais avec forcément une petite appréhension.

Le vendredi soir, nous sommes partis rejoindre Vincent au gîte à Clichy. Nous avons mangé, puis nous sommes allés dormir pour essayer de récupérer un peu avant le départ.
Le lendemain matin, réveil à 3 heures !
Nous nous préparons, prenons notre petit-déjeuner et, à 4 h 10, nous sommes prêts à partir.

Le gymnase porte de Clichy à  Paris où a lieu le départ n’est pas très loin et plus nous approchons, plus nous voyons des vélos partout. Il y a des cyclistes de tous les côtés. L’ambiance commence déjà à monter.
Une fois au gymnase, David nous rejoint.
Nous récupérons nos cartons et nous nous plaçons sur la ligne de départ.

À 5 heures, c’est parti !

Au départ, nous sommes dans l’euphorie. L’adrénaline, la bonne humeur et l’excitation prennent le dessus sur les doutes. Je suis avec Dominique, Vincent et David, qui sont tous les trois de bonne humeur, et je suis tellement heureuse que j’en oublie presque que nous sommes partis pour faire 600 kilomètres !

Nous traversons d’abord Paris, puis petit à petit les immeubles et la circulation laissent place à la campagne.
La nuit est particulière. Il y a beaucoup moins de bruit et les nombreux vélos forment devant nous une longue ligne lumineuse qui serpente dans les montées et les descentes.

David a préparé un site qui nous permet de suivre le parcours et de savoir où nous en sommes, notamment si nous sommes en avance ou en retard. Vincent et David roulent devant pour maintenir un rythme soutenu et régulier. Quand nous nous faisons distancer, David revient parfois nous chercher pour nous ramener jusqu’à Vincent.
Petit à petit, le jour se lève. La lumière apparaît, les champs et la brume se dévoilent et les paysages deviennent magnifiques.
Nous arrivons à Vernon, notre premier contrôle, au kilomètre 80, vers 8 h 30.
Nous sommes toujours en forme et nous avançons bien.
Les 80 premiers kilomètres ont été assez vallonnés, avec beaucoup de dénivelé, mais nous avons réussi à garder une allure régulière.

Entre Vernon et Rouen, le parcours reste vallonné, même si les difficultés sont un peu moins importantes. Nous traversons de petits villages et profitons de paysages très agréables.
Aux Andelys, il y a même de la musique dans les lampadaires, ce qui nous surprend. Juste avant, nous apercevons également le Chateau-Gaillard.

Et surtout, avec nos casques, nous ne passons pas inaperçus !
Moi, j’ai mon casque de licorne, Dominique son casque de poisson et Vincent son casque de grenouille. Les autres cyclistes nous font régulièrement des remarques, rigolent avec nous, nous encouragent et certains ralentissent même pour venir discuter quelques instants. Cela met une super ambiance sur le parcours et nous fait beaucoup rire.

Nous arrivons à Rouen vers midi, au kilomètre 150. Nous entendons les cloches de l’église.
Pour manger, Vincent nous propose d’éviter les boulangeries qui sont pleines de cyclistes et nous emmène dans un petit restaurant de ramens. Nous mangeons tranquillement avant de repartir.

Pour Dominique et moi, qui sommes plutôt habitués à une cadence de balade, le rythme soutenu de Vincent et David est un peu différent. Mais finalement, cette cadence régulière nous convient bien.
Après Rouen, nous prenons la direction de Jumièges, au kilomètre 180.
Nous retrouvons une partie beaucoup plus plate, le long de la Seine, et cela fait du bien après les kilomètres vallonnés du début. Cette partie restera pratiquement plate jusqu’au Havre.

À Jumièges, nous nous arrêtons dans une auberge vers 14 h 45. Après avoir validé le contrôle, Dominique se plaint de son genou et met un peu de pommade.
Une nouvelle fois, des personnes remarquent nos casques et viennent nous parler.
Nous croisons aussi des cyclistes avec leurs bananes dans leurs poches, et ça nous fait penser à Mario Kart : on a presque l’impression qu’ils vont jeter les peaux de banane derrière eux pour faire glisser les autres cyclistes !

Nous repartons ensuite vers Lillebonne, au kilomètre 215.
À 17 heures, nous nous arrêtons rapidement dans un supermarché pour acheter des bananes et des boissons.
Puis direction Le Havre, au kilomètre 260.
Nous arrivons vers 19 h 30. Il faut absolument manger quelque chose de consistant avant d’attaquer la nuit. Nous nous arrêtons donc au Burger King, où nous retrouvons Laurent, un cycliste du club qui organise le BRM et qui fait lui aussi son premier 600.

Après le repas, nous repartons vers 20 h 30.
Nous sommes près de la mer et nous continuons notre route au moment du coucher du soleil. Dominique, Vincent et David me décrivent les paysages avec beaucoup d’enthousiasme. Même si je ne peux pas les voir, leurs descriptions me permettent de m’imaginer ce qu’ils ont devant les yeux.

Puis la nuit tombe.
C’est la première nuit à vélo pour David et il l’apprécie beaucoup.
Nous continuons vers Étretat.
À Étretat, nous voulons absolument prendre une photo avec la fameuse « Aiguille creuse ».
Il y a énormément de monde et une dame vient encore nous poser des questions en voyant nos casques.
Mais Vincent est notre maître du temps ! Il sait qu’il ne faut pas perdre trop de temps si nous voulons pouvoir dormir.
Nous prenons donc rapidement notre photo, mettons de la crème pour soulager nos douleurs après toutes ces heures sur la selle, puis nous repartons.

La fatigue commence doucement à se faire sentir.
Quelques cyclistes nous rejoignent et roulent un moment avec nous. Puis, au fil des kilomètres, chacun s’arrête pour dormir.
Sur le bord de la route, nous apercevons même des cyclistes endormis.
Dans une côte, Vincent ressent une grosse fatigue et nous devons nous arrêter. David lui prépare alors une boisson à base de caféine qui lui permettra de repartir et d’arriver jusqu’au gîte.
Nous continuons notre route jusqu’à Saint-Valéry.

Il est 1 h 30 lorsque nous arrivons au kilomètre 360.
Et là, quel bonheur !
Papa Claude nous attend dehors.
Nous sommes tellement contents de le voir ! Nous savons qu’à partir de ce moment-là, nous allons enfin pouvoir dormir.
Claude a préparé nos affaires, organisé les chambres et m’explique comment rejoindre les toilettes et ma chambre.
Et surtout, il a préparé une soupe.
Franchement, son accueil nous fait énormément de bien.
Nous sommes épuisés, mais heureux d’être arrivés jusque-là.
Nous nous endormons rapidement.
Le réveil sonne à 5 heures.
La nuit a été très courte, à peine trois heures de sommeil. Pour moi, le réveil est vraiment compliqué. Je suis complètement naze et je me demande comment je vais réussir à repartir.

En bas, Papa Claude est déjà debout et prépare le petit-déjeuner. Petit à petit, tout le monde se réveille, rassemble ses affaires et descend. On prend tous notre petit-déjeuner, puis chacun prépare son vélo.
Et finalement, nous voilà tous prêts à partir.

Départ prévu à 6 heures… mais nous partons à 6 h 12. Douze minutes de retard, ça peut paraître dérisoire, mais à vélo, sur un 600 kilomètres, douze minutes, c’est énorme !
Nous prenons donc la route direction notre premier contrôle de la journée : Dieppe, au kilomètre 386.

Dominique appréhende un peu son genou. Il a peur d’avoir mal et ne veut pas trop forcer. Mais il faut avancer, alors nous continuons notre route.
Nous arrivons à Dieppe vers 8 heures. Nous nous arrêtons juste le temps de prendre une photo devant le panneau de la ville. Nous cherchons ensuite une boulangerie pour manger quelque chose, mais Vincent nous rappelle que nous avons déjà du retard.
Pas le temps de s’arrêter.
Il faut continuer et avancer vers le prochain contrôle.
Papa Claude nous laisse donc à Dieppe et nous repartons.
Notre prochain contrôle est Yerville, au kilomètre 428.
Et là… franchement, les kilomètres commencent à me paraître interminables.

C’est vraiment à ce moment-là que je commence à me poser énormément de questions. J’ai mal aux genoux, mal aux fesses, je suis fatiguée et, surtout, le moral commence à partir complètement en vrille.

Dans ma tête, je me demande :
« Mais qu’est-ce que je fais là ? Quelle excuse est-ce que je pourrais bien trouver pour arrêter ? Parce que là, je n’en peux plus ! »

Tout me paraît tellement long.

À certains moments, des cyclistes viennent rouler un peu avec nous. Il y en a notamment un qui nous avait déjà rejoints la veille. Ça nous permet de discuter un peu et de penser à autre chose.
Puis un autre cycliste vient vers nous et nous demande, assez naturellement :

« Vous ne changez pas de poste, des fois ? »
Dominique me regarde et me dit :
« Bon, Christelle, je te laisse répondre ! »

Alors nous lui expliquons que je suis non-voyante et que, forcément, changer de poste sur le tandem n’est pas vraiment possible.

Il est un peu gêné au début, puis finalement il commence à poser des questions et nous continuons notre chemin vers Yerville.

Mais plus nous avançons, plus Yerville me paraît loin.
Et lorsque nous arrivons enfin, je craque.
Je fonds en larmes.

Je dis à Dominique que je ne comprends vraiment pas ce que je fais là, que je n’en peux plus et que je suis complètement au bout.

Vincent me voit. Il vient immédiatement vers moi et, avec Dominique, ils commencent à me réconforter.
Puis David arrive à son tour.

Tous les trois me parlent, me rassurent et me disent qu’eux aussi, à certains moments, ils sont fatigués et qu’ils connaissent ces moments où l’on doute.

Alors je me dis que je n’ai pas le droit de lâcher.

Je dois continuer.

Grâce à leurs petits mots, à leur gentillesse et à leur bienveillance, je retrouve petit à petit un peu de motivation.

Nous décidons ensuite d’aller faire quelques courses pour manger le midi, parce qu’après, nous n’aurons plus vraiment l’occasion de nous arrêter pour acheter à manger.
Nous trouvons une petite supérette et nous achetons des Kiri, du pain, du jambon et des bonbons, et nous nous faisons un petit pique-nique.
Ce sera finalement notre dernier gros arrêt avant Paris.

Et là, je suis tellement chouchoutée par tout le monde.
Ils prennent soin de moi, m’encouragent, me parlent et me redonnent confiance.

C’est vraiment à ce moment-là que je me rends compte que, grâce à des personnes bienveillantes, on peut réussir à toucher les étoiles, même quand, soi-même, on n’y croit plus.

Ce passage a été extrêmement difficile pour moi, mais aussi extrêmement touchant.

Je ne remercierai jamais assez Vincent, David et Dominique de ne pas m’avoir laissée baisser les bras.
Pendant notre pause, les deux cyclistes qui roulaient avec nous décident de repartir avant nous. Ils savent que, s’ils restent, ils risquent de ne pas arriver à temps.
Nous les laissons donc partir.

Et nous, les troupes remotivées, nous repartons à notre tour.
À partir de là, nous maintenons une cadence vraiment soutenue. Nous avançons super bien.

Vincent continue de me motiver :

« Allez, regarde, il nous reste plus que ça. On va y arriver ! »

David, lui, prend régulièrement de nos nouvelles :

« Ça va, les jeunes ? »

Toujours un petit mot sympa, toujours de la bonne humeur, toujours de la bienveillance.

Et bien sûr, Dominique est là, constamment à m’encourager.
« Allez Christelle, on y va ! Allez, on y arrive ! »

Nous partons maintenant vers notre dernier contrôle avant Paris : Gisors, au kilomètre 520.

À Gisors, il y a une petite supérette. Cette fois, ce sont Vincent et David qui vont faire les courses.

Moi, j’ai très mal aux jambes et surtout très mal aux genoux.
Dominique, lui, commence également à avoir vraiment mal aux fesses. Après autant d’heures sur la selle, il se rend compte que ça devient compliqué.
À ce moment-là, je n’aurais jamais imaginé à quel point il avait réellement mal. Ce n’est qu’une fois arrivés à Paris qu’il me dira à quel point ses fesses étaient irritées et douloureuses.

À Gisors, nous nous arrêtons donc vraiment un petit moment.
Tout le monde met de la pommade.
Vincent prend également quelque chose pour son genou, histoire de pouvoir bien terminer.

Et puis nous repartons.

Cette fois, direction Paris.
La dernière ligne droite.

Quand on sait qu’il ne reste plus que quelques kilomètres, c’est incroyable comme on arrive à retrouver de l’énergie ! On appuie, on ne lâche rien et on continue, toujours dans la bonne humeur.
J’adore regarder Vincent et David. Ils sont toujours dans leurs délires. On dirait vraiment des amis d’enfance, ou deux ados qui discutent et rigolent sans arrêt.
Ils parlent, plaisantent, mettent l’ambiance.

Dominique rigole lui aussi et reste dans la bonne humeur.
On sait qu’on y est presque.

Plus on approche de Paris, plus on est heureux.

Et puis nous retrouvons l’un des cyclistes qui était parti avant nous. Nous décidons de l’emmener avec nous jusqu’à Paris, parce que le pauvre, sinon, il n’aurait peut-être pas réussi à arriver à temps.
Vincent maintient une bonne cadence pour nous emmener jusqu’au bout.
David continue à mettre l’ambiance et prend toujours des photos.

Et puis, à environ vingt kilomètres de l’arrivée, il nous reste encore trois bonnes côtes.
La première est très, très longue.
La deuxième est un peu moins longue, mais beaucoup plus pointue.
Et la troisième passe un peu mieux.

Après ça, nous entrons vraiment dans Paris.

Et là, changement d’ambiance : les feux rouges, les voitures, les vélos, les croisements…

Il faut s’arrêter, repartir, faire attention à tout.

Et Dominique, lui, est complètement déchaîné !

Il veut arriver.

Il accélère, il pousse, il avance à fond.

À un moment, Vincent est même obligé de le calmer :
« Doucement, Dominique, parce que sinon Christelle ne va pas réussir à suivre ! »

Dominique en a vraiment marre. Il me dit qu’il veut arriver, qu’il en a marre et qu’il veut maintenant aller jusqu’au bout.
Et finalement…

Nous arrivons.
Et là, c’est une joie immense.

Une joie indescriptible.

Je suis tellement heureuse.

Nous l’avons fait.

Nous n’avons rien lâché.

Deux semaines auparavant, nous avions échoué sur notre 400 kilomètres. Et là, malgré les doutes, la fatigue, les douleurs et les moments où j’ai vraiment cru que je n’y arriverais jamais…

Nous avons fait 600 kilomètres en tandem.

J’ai réussi.

Nous avons réussi.

Cette sensation est vraiment inexplicable.

Je suis tellement fière d’avoir été jusqu’au bout et de ne pas avoir abandonné.

Et surtout, je veux remercier ceux qui m’ont permis d’y arriver.

Merci à Vincent.

Il nous a apporté toute son expérience des longues distances. Il nous a appris à gérer les arrêts, parce qu’un arrêt par-ci, un arrêt par-là, on ne s’en rend pas forcément compte, mais le temps passe extrêmement vite.

Il nous a toujours encouragés, toujours avec bienveillance, gentillesse et bonne humeur.

Merci à David également.

Toujours là pour nous motiver, toujours avec le sourire et toujours prêt à prendre des nouvelles de tout le monde.

Et puis il y avait son application, son fameux site, qui nous a énormément aidés.

C’était vraiment super et ça nous a beaucoup aidés à garder le moral et à savoir où nous en étions.

Et puis merci à Papa Claude.

Merci d’avoir été là pour préparer le petit-déjeuner, de nous avoir attendus, de nous avoir rejoints et d’être venu nous voir.

L’avoir vu ça nous faisait tellement plaisir.

Ça reboostait immédiatement le moral.

Et bien sûr, un immense merci à Dominique.

Merci de m’avoir permis de vivre cette aventure.

Merci de m’avoir emmenée aussi loin.

Merci de n’avoir rien lâché.

Merci de toujours avoir su m’encourager.

Et surtout, merci d’avoir cru en moi.

Parce que sans toi, je n’aurais pas vécu cette aventure.

Alors, vraiment…

Je ne vous remercierai jamais assez.

600 kilomètres en tandem.

Une aventure faite de fatigue, de douleurs, de doutes, de larmes, de rires, de solidarité et surtout d’une énorme envie d’aller jusqu’au bout.
Et cette fois nous pouvons le dire

Nous l’avons fait !

600 km en 39h et 20mn, BRM validé qui nous donne le droit de nous inscrire au Paris-Brest-Paris 2027 un mois avant les inscriptions officielles et surtout qui nous a permis de vivre une aventure exceptionnelle et nous a beaucoup appris.

Christelle

Classé sous :Récits longues distances, Récits tandem longues distances

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