Il est 5 h 05 du matin. Le jour dort encore profondément, mais nous voilà déjà partis pour relever un défi un peu fou : parcourir 400 kilomètres en tandem avec Dominique !
Et Dominique n’est pas venu les mains vides : il porte fièrement son fameux casque en forme de poisson. Rien qu’en le voyant, je me dis que cette journée risque d’être quelque peu originale !
Avant le départ, Thierry est venu nous souhaiter bonne chance. Je pense qu’au fond de lui, il aurait bien aimé nous accompagner. Ça se voyait dans son regard ! Il nous avait même proposé que, s’il y avait le moindre problème, il viendrait nous chercher. À ce moment-là, nous étions loin d’imaginer qu’il allait devenir le sauveur officiel de notre aventure !
Nous prenons donc la route dans la bonne humeur. Nous chantons, nous discutons, nous rigolons et nous profitons des paysages. Les premiers kilomètres passent plutôt bien.
Au bout d’environ 5 kilomètres, nous faisons quand même un petit réglage de ma selle, histoire que mes fesses puissent survivre à la journée. Un seul réglage, mais qui allait s’avérer bien utile… enfin, autant que possible !
Nous continuons notre route, toujours avec le sourire. Quelques arrêts par-ci, par-là pour boire, manger un peu, faire une pause pipi ou prendre des photos, mais rien d’excessif.
Et puis arrive le kilomètre 50…
Là, mon énergie décide soudainement de prendre des vacances !
Je commence à avoir un énorme coup de barre. Pas le petit coup de fatigue habituel, non… un truc monumental. Je sens que ça ne va pas être simple.
Au kilomètre 90, je finis par dire à Dominique :
« Là, il faut vraiment qu’on s’arrête ! »
Et comme si le destin avait entendu ma demande, nous trouvons un petit banc avec une ombrière, en plein milieu d’un petit village bien tranquille.
Je m’allonge… et je m’endors en quelques secondes !
Quinze minutes plus tard : PIN PON !
Une sirène de pompiers traverse le village.
Voilà mon réveil !
Franchement, je crois que je n’aurais pas pu rêver mieux… ou pire ! Mais cette petite sieste express m’a fait énormément de bien.
Nous repartons donc sur le tandem. Je vais mieux, mais notre vitesse, elle, a décidé de rester dormir sur le banc.
Nous avançons, mais vraiment doucement. Très doucement.
À ce rythme-là, je pense qu’un escargot avec un petit moteur aurait pu nous doubler !
Nous continuons malgré tout dans la bonne humeur. Nous chantons, nous discutons et nous admirons les paysages. Nous prenons quelques photos et profitons de cette magnifique journée.
Mais le tandem décide lui aussi de participer aux péripéties.
Une première fois, la chaîne déraille. Nous nous arrêtons, nous remettons tout en place et nous repartons.
Puis, un peu plus loin, ce sont les freins qui commencent à frotter. Ça fait un bruit étrange et surtout, nous avons l’impression que la roue est légèrement freinée en permanence.
Et comme si ça ne suffisait pas, nous voilà avec de longs, très longs faux plats.
Vous savez, ces routes qui ont l’air plates… mais qui ne le sont absolument pas !
Nous pensions arriver à Reims vers midi, au plus tard vers 13 heures.
Finalement…
16 heures !
Autant dire que notre planning venait officiellement de rendre l’âme.
Mais malgré tout, nous sommes toujours joyeux. Pas de conflit, pas de dispute. Au contraire, nous rigolons, nous nous amusons et nous continuons notre aventure ensemble.
Nous arrivons enfin à Reims et nous faisons évidemment une photo devant la magnifique cathédrale.
Puis direction Châlons-en-Champagne.
La route devient assez monotone et la fatigue commence vraiment à se faire sentir. Je chante encore, mais mes chansons commencent peut-être à servir davantage à me maintenir éveillée qu’à divertir Dominique !
Mes fesses, elles, commencent sérieusement à protester.
Nous trouvons finalement une boulangerie vers 18 h 30. Nous nous arrêtons pour manger un petit quelque chose.
Et là, je dis à Dominique :
« Écoute, je vais dormir encore un petit peu. »
Je pose simplement ma tête sur la table…
Et me voilà repartie pour un tour !
Je m’endors en quelques secondes. Dix minutes plus tard, je me réveille et, miracle, je vais déjà beaucoup mieux.
Nous repartons et cette fois, ça avance un peu mieux.
Puis nous arrivons à Châlons-en-Champagne.
Et là…
L’orage décide de se joindre à la fête !
Évidemment, je n’ai ni surchaussures ni véritable équipement de pluie.
Dominique, lui, est mieux préparé, mais même avec une bonne préparation, quand l’orage décide de nous arroser, nous finissons quand même complètement trempés !
Il est environ 20 heures, la nuit commence à tomber, et nous faisons un petit détour par la rue du Cirque, devant la maison de la grand-mère de Marianne, la femme de Dominique.
Pour Dominique, c’est un moment plein de souvenirs. Il est tout content de retrouver cet endroit.
Nous essayons même de prendre une photo, mais comme nous sommes arrivés de nuit et sous la pluie, disons que ce n’est pas vraiment la photo du siècle !
Mais maintenant que nous connaissons le chemin, nous pourrons toujours y retourner.
Nous repartons ensuite dans la nuit.
Et là, les heures de selle commencent vraiment à peser.
Mes fesses ne sont plus simplement douloureuses…
Elles commencent à déposer une plainte officielle !
Mes genoux, eux aussi, décident de participer à la fête. La douleur apparaît, disparaît, puis revient. Bref, mes jambes commencent à me faire comprendre qu’elles ne sont pas vraiment d’accord avec mon projet de 400 kilomètres.
Nous continuons malgré tout.
Quand je vais bien, je parle énormément. Je parle, je parle, je parle…
Mais quand je ne vais pas bien, je me renferme complètement dans ma petite bulle.
Le pauvre Dominique essaye alors de me parler, de me distraire, de me dire :
« Regarde, il y a ça… Ah, il y a ça aussi… »
Il a été d’une patience et d’une gentillesse incroyables pendant toute cette aventure.
Nous continuons notre route et traversons les magnifiques vignes de Champagne et leurs nombreuses caves.
Et là, c’est un véritable festival pour mon nez !
Une fois, ça sent le raisin sucré.
Un peu plus loin, j’ai presque l’impression que ça sent le champagne.
Et à un autre moment… une tarte Tatin !
Bref, même si mes jambes souffrent, mon nez, lui, passe une excellente journée !
Avant d’arriver vers Château-Thierry, trois belles côtes nous attendent.
Et quand je dis « belles », c’est surtout parce qu’il faut bien essayer de rester positive !
Elles sont longues, elles sont dures, et mes genoux commencent sérieusement à se demander ce qu’ils ont fait pour mériter ça.
Mon CamelBak me paraît également peser une tonne.
Avant la longue ligne droite vers Château-Thierry, je finis par dire :
« Là, je n’en peux plus. »
Nous nous arrêtons sur un chemin de terre et à peine descendue du tandem, je pose mon sac, je m’allonge, la tête sur le sac, et hop, en quelques secondes, je plonge dans les bras de Morphée pour mon troisième dodo. Mon nouveau lit ? Un mix gravillons avec une touche d’herbe derrière. Pas très glamour, mais efficace… enfin jusqu’au moment où Dominique, tel un garde forestier miniature, inspecte les environs lampe en main, déterminé à empêcher la moindre araignée téméraire, mulot ou bête féroce de perturber ma sieste. Grâce à lui, j’ai pu dormir tranquille, même si ça ressemblait plus à un bivouac de survie qu’à une pause vélo !
Cette fois, je dors environ 20 minutes.
Je pense même qu’un gros caillou a décidé de s’installer sous ma jambe, parce qu’après, j’ai probablement gagné un joli bleu en souvenir !
Je me réveille parce que j’ai froid.
Il faut dire que je suis toujours trempée.
Je demande alors à Dominique :
« Tu n’es pas fatigué ? »
Et lui, tranquillement :
« Non, t’inquiète pas, moi ça va. »
Franchement, Dominique est incroyable. Il a vraiment assuré du début à la fin, avec une patience et une gentillesse extraordinaires.
Nous décidons de repartir.
Je remonte sur le tandem…
Et là…
Impossible de pédaler !
Dès que je m’assois sur la selle, j’ai l’impression d’être assise sur des lames de rasoir !
Cette fois, il faut se rendre à l’évidence.
Nous devons arrêter.
Nous appelons donc Thierry, qui nous avait proposé de venir nous chercher en cas de problème.
Nous sommes alors au kilomètre 300.
Pas 400.
Mais 300 quand même !
Thierry nous annonce qu’il lui faudra environ une heure pour venir nous chercher.
Nous voilà donc partis pour attendre.
Une heure passe.
Nous sommes dehors, il fait froid, nous sommes encore un peu mouillés, mais malgré tout…
Nous sommes toujours de bonne humeur !
Nous discutons, nous rigolons, nous repensons à toutes les péripéties de cette incroyable journée.
Et surtout, nous ne sommes pas défaitistes.
Bien sûr, nous aurions aimé faire les 400 kilomètres.
Mais ce n’était simplement pas notre jour.
Et ce n’est pas grave.
Les 400 kilomètres, ce sera pour une autre fois !
À 4 heures du matin, Thierry arrive enfin.
Et là…
Quand nous le voyons, nous avons presque l’impression de voir arriver la gloire !
Thierry, le sauveur !
Nous chargeons le tandem et nous prenons la route pour rentrer.
Et pendant cette heure de trajet, nous nous disons que nous avons vraiment bien fait d’arrêter.
Parce qu’honnêtement…
Nous n’aurions jamais réussi à terminer les 100 kilomètres restants dans ces conditions.
Une fois arrivée à la maison, tout le monde repart.
Je prends une bonne douche et là…
Je découvre une nouvelle passion dans ma vie :
mon lit !
Je n’ai jamais autant aimé un lit de toute ma vie.
Je l’avais tellement rêvé !
Je me glisse dedans et je ne sais même pas à quel moment je me suis endormie.
Au final, nous n’avons pas fait les 400 kilomètres.
Nous en avons fait 300.
Mais nous avons surtout vécu une sacrée aventure : des paysages magnifiques, des chansons, des fous rires, une chaîne qui déraille, des freins qui frottent, des faux plats interminables, des côtes, de la pluie, des siestes improvisées, une selle devenue notre pire ennemie, un pilote exceptionnel avec un casque de poisson…
Et surtout, une belle complicité entre Dominique et moi.
Alors oui, nous n’avons pas atteint les 400 kilomètres.
Mais nous n’avons pas échoué.
Nous avons simplement fait 300 kilomètres ce jour-là.
Les 400 kilomètres nous attendent.
Ce n’était pas notre jour…
Mais ce n’est que partie remise ! 🚲🐟😂