Christelle m’avait dit un jour que sa grand-mère habitait à Migennes. C’est à 150 km d’ici, notre premier 300 était tout trouvé !
Une bonne préparation ces dernières semaines nous permet de nous élancer ce 7 mai 2026 à 5h30. Nous n’avons aucune expérience de la longue distance (enfin jusqu’à 220 km ! ) et nous sommes accompagnés par Laurent, un habitué des grands raids qui nous communiquera tout son savoir . Il fait nuit lorsque nous partons, les éclairages avant et arrière (doublés au cas où…) nous sécurisent et c’est avec une petite appréhension que nous nous élançons dans cette aventure inconnue. Nous sommes cependant sereins grâce à notre bonne préparation. A Villeneuve le Comte les oiseaux se réveillent et nous accompagneront tout au long du voyage. Le jour se lève avec sa brume matinale, le soleil pointe le bout de son nez à travers les petits nuages. Laurent nous a mis sur orbite dès le départ et nous passons rapidement Mormant. La météo sans vent, pas trop fraiche en ce petit matin est parfaite. Sur ces grandes lignes droites de Seine et Marne et ces champs à perte de vue on aperçoit des immeubles au loin, c’est déjà Montereau sur la droite et tout à coup une superbe vue sur la vallée de l’Yonne que l’on surplombe. C’est beau, on a l’impression de partir en vacances. Après une grande descente vers Marolles sur Seine (Aïe il faudra la monter au retour !) nous atteignons les bords de l’Yonne et nous prenons à Coulons sur Yonne au km 85 la « Voie cyclable 55 ». Premier arrêt ravitaillement, discussion habituelle avec un cycliste sur le départ : « vous venez d’où ? vous allez où ? ah mais ça va vous faire 300 km : vous préparez le Paris-Brest ? !!! ». Et nous voilà lancés sur la VC55 chemin de halage qui nous amènera 70 km plus loin à Migennes. On apprécie le calme, l’absence de circulation, le revêtement de la VC55 (quoi que parfois… !) et toujours cette atmosphère de vacances sur les bords de l’Yonne. Mais 70 km de plat plats, de ligne droite droites, d’absence de circulation, d’absence d’intersection ça devient monotone à la longue. Nous voilà à Sens mais pas le temps pour le tourisme, on passe vite et on s’arrêtera plutôt à Villeneuve sur Yonne au km120 pour faire la photo devant le joli pont du XIIe siècle. Et on repart sur cette VC55 qui nous parait maintenant interminable…et ses barrières de sécurité à franchir avec un tandem. C’est long un tandem ! Et ces barrières ne sont pas pratiques, il faut ralentir quasi à l’arrêt, tourner sans tomber sur le bas-côté, relancer la machine, c’est usant à la fin. Voilà Joigny, on ne s’arrête pas à « la côte Saint-Jacques », on voit sur le coteau les vignes avec leurs feuilles qui se réveillent et on se laisse couler jusqu’à la pancarte « Migennes ». La photo et un petit moment d’émotion pour Laurent car le parcours passe devant la maison qu’habitait son papa, …2 rues à côtés de notre destination ! On attache les vélos et c’est avec beaucoup d’émotion que mamie Josiane accueille sa « petite Christelle ». Nous avons mis 6h50 pour faire ces 150 premiers kilomètres et comme nous arrivons à midi, nous prendrons notre repas chez mamie qui nous avaient amenés 8 magnifiques gougères. On partagera donc un long moment (pour un 300) mais bien court tant il est chargé d’émotion. Allez, il faut quitter mamie qui a la larme à l’œil, de laisser partir sa petite fille mais qui est aussi contente de la voir heureuse. Et nous voilà repartis sur cette piste qui nous parait encore plus interminable à l’heure de la sieste ! C’est là qu’on constate qu’un 300 c’est aussi bien dans la tête que dans les jambes. Jusque-là (et jusqu’à l’arrivée !) les jambes vont bien mais la tête commence à manquer de concentration. Il faut tenir, se motiver, se réveiller. C’est un exercice, une expérience à vivre, se forger un mental pour les longues distances. Pour nous aider on compte les écluses qui arrivent tous les 5 kilomètres, une petite animation qui nous stimule. Finalement au kilomètre 210 on quitte la VC55 et on est content de retrouver les petites routes tranquilles de l’Yonne, puis celles plus « agitées » de Seine et Marne. La montée de Marolles sur Seine se passe bien. Les jambes tournent toujours bien, sans effort, le soleil brille et on sent l’écurie. La bonne humeur est toujours là, communiquée par Christelle. Christelle elle a un cinquième sens, elle lit la route comme personne, pas besoin de GPS : « là la montée est à 4% » je regarde mon GPS : 4% ! « il reste 200m avant le sommet » : GPS 200m ! J’ai même plus besoin de parler il suffit que je pense la route, la trajectoire, elle a déjà anticipé ! ( Et puis de toute façon en placer une avec Christelle ce n’est pas possible 😉). Quelques kilomètres avant Chaumes nous retrouvons un autre tandem Martin et Thierry venus à notre rencontre. Nous sommes heureux de terminer le parcours avec eux et comme ils sont bien frais ils vont nous amener à vive allure jusqu’à Villeneuve le Comte où nos chemins se sépareront. Les jambes vont toujours très bien et on commence à regarder le GPS : 290 km, Bailly, Magny, le Super U, 298, on attaque la descente 299, 299.8, 299.9, 300 !!!! C’est gagné ! 301,83 km à 24,5 de moyenne, on est à la maison à 20h45, que du bonheur.
Nous avons bénéficié d’une météo excellente, un parcours pas trop difficile et pour ceux qui voudraient se lancer, avec une bonne préparation, c’est largement faisable.
On est cependant bien conscients que ces conditions ne se renouvelleront pas toujours et qu’il y aura des sorties plus difficiles… et nous sommes bien petits et bien humbles face au sommet que nous nous sommes fixés à gravir. Ils nous restent beaucoup de travail et de souffrances mais ne boudons pas notre plaisir d’aujourd’hui.
Merci à Laurent, c’était une bonne triplette, une belle journée de bonheur partagé.
Vivement le prochain, on est prêt à repartir !
Christelle et Dominique